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Historique et développement de l'AMX 30-105

 
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Historique et développement de l'AMX 30-105
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Message Historique et développement de l'AMX 30-105 Répondre en citant
LE CHAR MOYEN DE BATAILLE AMX 30  
 
   
   
Né dans le contexte de la guerre froide, l' « X 30 », comme on aime encore à le nommer dans l'ABC, fut, est, et restera « le » char de bataille français par excellence. A l'image du Leopard 1 pour la Bundeswehr, l'AMX 30 résulte d'un important programme de développement dans le cadre d'un ensemble de nouveaux systèmes d'armes devant permettre à l'armée française de ne plus être tributaire de l'aide des Alliés et ce, depuis l'immédiat après guerre, en particulier dans celle des chars de combat. Ainsi, les premières études n'auront pour seul objectif que de réaliser un matériel devant synthétiser les meilleures éléments techniques mis en avant par les blindés étrangers jugés comme étant les plus performants.  
 
   
I - CONTEXTE GEOPOLIQUE ET GEOSTRATEGIQUE :  
 
 
A Colomb-Béchar, sur le lieu-dit du futur site de production de combustible nucléaire militaire, les Ministres français de la Défense M. Bourgès-Maunoury, et allemand des Affaires Nucléaires M. Strauss, signent le 17 janvier 1957 des Accords technique militaires relatifs au développement commun pour l'acquisition de nouveaux systèmes d'armes. La toute jeune République Fédérale d'Allemagne (RFA) tient alors à faire figurer l'intérêt particulier qu'elle porte au domaine du char de bataille, intérêt précédemment exprimé dans le cadre de l'accord FINABEL (1) définissant la standardisation des armements. La première entrevue a lieu à Bonn le 12 février 1957. De celle-ci, et faisant suite aux dits Accords, le 27 octobre 1957, un « groupe de travail du Char Futur » est rapidement créé afin d'établir le Cahier des Charges du futur char de bataille et ce, sur la base d'un marché franco-allemand principalement. Un programme de spécifications prévoit notamment une limitation de la masse totale en ordre de combat du véhicule à 30 tonnes et doit répondre aux trois critères fondamentaux suivants : l'armement, la mobilité et la protection. Mais ces Accords abordent également un certain nombres d'autres types de développements dont un concernant précisément une coopération totale dans le domaine du nucléaire militaire.  
 
 
Par un accord politique qui lierait la RFA, la France voudrait s'assurer la majeure partie de l'énorme marché que constitue alors le rééquipement de la toute nouvelle Bundeswehr et ce, afin d'éviter qu'Etats-Unis et Grande-Bretagne ne le fasse à sa place. Parallèlement, la France doit également rallier de nouveaux partenaires économiques et par conséquent, de nouveaux appuis politiques car, soit 14 mois après l'échec de l'intervention franco-anglo-israélienne à Suez et l'humiliation politique qui s'en suivie, les pressions internationales (les taux de changes sont plus que fluctuant) ainsi que de celles venant des Etats-Unis et de l'Union soviétique alors seules puissances détentrices du feu nucléaire, sont encore bien présentes. Pour le char, le principal problème va résider dans la place que l'on entend lui donner dans un contexte où l'arme nucléaire est conçue comme un système n'autorisant que des frappes « massives » (son utilisation est essentiellement basé sur une doctrine stratégique radicale visant les zones densément peuplées principalement) et susceptible de voir son emploi se modifier singulièrement à plus ou moins long terme avec l'émergence d'armes à utilisation dites « tactiques », soit la réduction des charges autorisant des frappes plus ponctuelles et donc plus précises.  
 
 
Les discussions menées entre la France et la RFA vont mettre en évidence différents points d'influence, du moins en ce qui concerne la composante char. Ainsi, la RFA, qui s'appuie sur l'expérience indéniable de ses cadres (nombre d'entre eux sont en effet issu des rang de l'ancienne Wehrmacht et / ou autres formations paramilitaires) ainsi que sur les thèses d'un général H. E. Guderian réfutant totalement le char léger comme le char lourd et donc plutôt partisan d'un matériel de classe intermédiaire assimilable à celle d'un char Panther « valorisé » d'une masse de 30 à 35 tonnes. La France, de son côté, va opter pour ces extrêmes car en effet elle s'oriente un temps vers un matériel qui s'apparente à l'AMX 50 car celui-ci leur semble être une base de travail intéressante et ce, en sachant que les Etats-Unis sont prêts à en financer la construction (2).  
 
 
En France, ce programme ne présente pas que des adeptes. Ainsi, ses détracteurs vont motiver l'idée de créer un AMX 13 FL-12 armé du CN-105 F-1 de 105 mm ainsi que l'adoption du modèle valorisé avec le CN-90 F-3 de 90 mm (durant la phase de retrait des M47 Patton-1 maintes fois reconstruits et réparés, ce dernier matériel est finalement retenu par l'État-major de l'Armée de Terre (EMAT) comme unique composante des futures divisions blindées françaises « Modèle 1967 » et ce, en attendant son remplacement par le futur AMX 30). Si la RFA venait à adhérer à cette thèse, la France pourrait alors lui en vendre un nombre conséquent (de l'ordre de plusieurs milliers d'exemplaires). Comme indiquer précédemment, la RFA veut éviter à tout pris l'acquisition d'un quelconque char lourd, - ce type de matériel étant à l'origine de trop mauvais souvenirs pour bon nombre d'ingénieur allemands - pour simplement se contenter d'un AMX 13 réarmé, compensant ainsi son manque de protection par le nombre, en application d'une nouvelle théorie basée sur la « fluidité des masses blindées » . Au final, la Bundeswehr ne va se porter acquéreur que de cinq AMX 13 FL-10 et autant d'EBR 75 à seule fin d'évaluation.   
 
   
II - ÉTUDES ET DEVELOPPEMENTS :  
 
 
En France, le développement d'un char moyen de bataille commence dès 1948 avec la société Batignolles Châtillon (3) qui étudie un matériel d'une classe de 25 tonnes. Initialement, ce matériel doit être armé du 75 mm SA-50 issu des Etablissements d’Etude et Fabrique d’Armements de Bourges (EFAB) qui affiche alors une Vo 1.000, mais la précédente application sur l'AMX 13 FL-10 donnant alors pleinement satisfaction, va mettre rapidement fin à cette étude.  
 
 
Conformément aux Accords de Colomb-Béchar, la France doit se charger de la réalisation des différents mulets (4) en raison des études antérieures qu'elle a faite menée avec le prototype Batignolles Châtillon, et du fait que la RFA ne soit pas encore autorisée à relancer son industrie d'armement. Les techniciens chargés des études du Char Futur finissent par trouver une base de départ en reprenant le dit prototype qui n'est alors qu'une simple évolution de celui conçu lors du programme de développement de l'AMX 13. La nouvelle Direction des Études et Fabrications d'Armement (DEFA) pense un temps à installer une pièce de 90 puis 105 mm affichant respectivement des Vo 820 et Vo 500 et ce, sans pour autant obtenir de meilleurs résultats. Parallèlement, on étudie la faisabilité de l'armer avec une pièce de 90 mm de Vo 1.000 (artillerie de l'ARL 44 ?) mais après intégration, il est noter que la masse totale en ordre de combat du nouveau véhicule passerait à plus de 35 tonnes, ce qui éliminerait automatiquement le prototype Batignolles Châtillon. En 1951, l'idée est finalement reprise par la DEFA (qui le reclasse entre-temps dans la catégorie des véhicules légers) et partant de ce concept, deux variantes de châssis vont être successivement étudiées comme suit : le premier véhicule utilise un groupe motopropulseur (GMP) issu de la société Le Moteur Moderne et le second, un GMP de la Société de Fabrication Mécanique (SOFAM) dit « nouvelle génération ». L'artillerie principale retenue est le CN-90 de 90 mm dont l’intérêt réside dans sa capacité à tirer les munitions des chars M47 et M48 américains.  
 
 
La société Batignolles Châtillon est chargée de réaliser deux châssis-tests. Les Ateliers et Chantiers de la Loire (ACL) sent chargés, quand à eux, de réaliser une tourelle du type oscillant. Le premier châssis-test sort en septembre 1954 sous la forme d'un banc d'essai roulant. En raison de problèmes de mise au point, son GMP est remplacé par un autre de type HL230 d’origine Maybach Motorenbau GmbH. qui, faute de place, voit ses blocs de refroidissement montés à l'extérieur, directement sur la superstructure de la caisse. Ce banc d’essai de mobilité permet en outre de tester les composantes du train de roulement dont la disposition présente des solutions innovantes et donc très intéressantes. Le second mulet, qui est finalisé en décembre 1955, reçoit un GMP Moderne (initialement prévu pour le premier mulet) et porte la tourelle oscillante ACL. Le GMP de la SOFAM, qui n'est autre qu'une variante plus évoluée de celui équipant l'AMX 13, est installé dans un M4 Sherman pour seul évaluation dynamique. Ce GMP va représenter l'une des trois bases fondamentales qui vont permettre de définir le futur char de bataille. Au cours des expérimentations balistiques, il apparaît qu'un calibre de 90 mm est jugé comme trop juste voir insuffisant (si l'on en juge par l'épaisseur des blindages des nouveaux chars lourds soviétiques T-10 dont il faudra, potentiellement, neutraliser), l'option pour l’adoption d'un calibre supérieur va donc être sérieusement relancée.  
 
 
Une artillerie antichar de 105 mm autorisant l'utilisation du nouvel obus G (5) semble nécessaire voir primordiale, mais le fait qu'elle soit au même moment appliquée à l'AMX 13 fait perdre tout intérêt dans le projet Batignolles Châtillon. Néanmoins, ce char, qui est considéré comme une sorte de « super AMX 13 », permet la mise au point du GMP à essence SOFAM (12 cylindres disposés à plat pour une puissance maximale en régime continu de 500 cv), de la boîte de mécanisme à train épicycloïdal (6) avec servocommande hydraulique (mécanismes découlant de la modernisation de la boîte AMX-ZF (7) conçue initialement pour équiper l'AMX 50), et fixer le calibre utile de l'artillerie à 105 mm autorisant donc l'utilisation de l'obus G et ce, tout en démontrant que l'ensemble de ces composants peuvent être rassemblés dans un même véhicule avec un minimum de 80 mm de blindage au niveau de l'arc frontal sans pour autant dépasser la masse critique précédemment définie des 30 tonnes. Le démonstrateur Batignolles Châtillon constitue en quelque sorte le premier état de se que va être le futur AMX 30. L'expérimentation de ce matériel est définitivement arrêtée au cours de l'exercice 1957.  
 
 
Figées en février 1957, ces études débouchent directement sur la réalisation de deux nouveaux véhicules expérimentaux qui sont réalisés par l'AMX de Satory soit dans le principe, un exemplaire pour chaque partie ayant financé les différentes études. Pour la réalisation de ces véhicules, deux types de financement sont donc réalisés : la part française est constituée par les études précédemment menées et utilisées, la part allemande réside quand à elle dans le financement de la construction des deux mulets d'évaluation. Ces deux matériels sont armés d'une artillerie de 105 mm combinée à l'obus G avec Vo 1.000. Les deux tourelles installées pour évaluation, dont les études sont issues d'une coopération mixte entre les deux parties, se distinguent principalement par des équipements de conduite de tir de conception différente. Après essais, un mulet système complet revient donc à la France, l'autre revenant à la RFA. A noter que l'avant-projet prévoyait l'utilisation d'un moteur Maybach HL295 (développé pour les AMX 50 et le char Lorraine, en coopération avec le bureau d’étude Maybach Motorenbau GmbH. et ce, « gratuitement » au titre de dommages de guerre) développant une puissance effective de 1.000 cv. Mais, en raison de la masse résultante du char qui atteint maintenant les 40 tonnes, cette solution est rapidement abandonnée, incitant le retour à une motorisation SOFAM du type 12 GS à 12 cylindres d'une puissance de 750 cv, soit légèrement supérieure au modèle précédent.  
 
 
En mars 1957, l'Italie, qui n'a plus depuis 1945 de bureaux d'études de chars, est prêtre à se porter acquéreur d'un matériel finalisé et ne participe donc pas aux accords de financement (8). Les Accords franco-allemand de Colomb-Béchar vont donné lieu en juin 1957 à la mise en place d'un comité de suivi des programmes d'armement et de coopération entre les deux nations. L'accord général, maintenant étendu à l'Italie, est signé à Paris le 28 novembre 1957 : le groupe de travail devient tripartite. Des clauses secrètes visant un financement commun qui intègrent également celui du futur site de production du combustible nucléaire militaire, vont être lourdes de conséquences (9).  
 
 
Le projet franco-allemand va subir divers pressions de la part des Britanniques via la RFA. Dans l'éventualité d'une crise majeur, le carburant fourni par le système d'oléoducs mis en place par l'OTAN, est essentiellement de l'essence, d'où l'option du moteur SOFAM. Mais la généralisation du turbomoteur dans le secteur de l'aéronautique va imposer le passage à un nouveau carburant issu du pétrole lampant, soit le kérosène (JP4) qui, par voie de fait, va entraîner une diversification et donc une complication des moyens logistiques et donc celle de la maintenance. Or, les GMP à carburation Diesel (comme les polycarburants) peuvent fonctionner avec ce type de dérivé. Son adoption autoriserait donc à revenir à un carburant unique qui serait dés plus souhaitable.  
 
 
Depuis 1958, et faisant suite à une décision relevant de sa politique économique intérieure, la RFA avait déjà pris l'initiative de doter l'ensemble de ses matériels d'un GMP polycarburant. Ainsi une équipe d'investigation va imposer une nouvelle motorisation conçue par le bureau d'études de Daimler-Benz AG. qui peut alors developper de 600 (carburation Diesel) à 800 cv (polycarburant). Celle-ci est issue d'un GMP Diesel de 600 cv qui précédemment testé avec succès sur le M-48A2G de la Bundeswehr. Il va de soit que cette décision va aller à l'encontre des spécifications de l'OTAN, imposant l'essence comme seul et unique carburant pour tout le matériel terrestre. Ultérieurement, l'US Army va faire connaître l’intérêt certain qu’elle porte à la motorisation Diesel à injection directe dans le but d'équiper son futur M-60 afin de lui procurer une autonomie suffisante, ce qui n'est actuellement pas le cas du M-48.  
 
 
Un problème de même ordre va se poser concernant la standardisation des armements sachant que, malgré les hautes performances et la satisfaction de très nombreux utilisateurs, l'AMX 13 ne va pas être consacré OTAN, les Anglais et Allemands s'y opposant et sachant que l'armée américaine exprime son objection à l'adoption de l'AMX 13 sous peine d'intégrer une technologie française tributaire des normes fixées par le système métrique. En 1960, la RFA, dans un souci d'une certaine indépendance, décide donc de s'orienter vers une artillerie de 105 mm à âme lisse dont le développement nationale serait confiée à une firme ayant une réputation acquise en matière de conception d'artillerie de char - en l'occurrence la firme Rheinmetall AG. de Düsseldorf - et ce, tout en autorisant l'utilisation de l'obus G dont l'étude est également d'origine allemande. Mais pour des raisons politico-financières (ces tentatives se terminent par un échec total et l'ensemble du secteur industriel va obliger le gouvernement en place à quitter la voie de la coopération), la RFA est obligée d'adopter le L7 Vickers de 105 mm à âme rayée d'origine britannique, la raison principale officiellement invoquée étant la mise des systèmes au standard OTAN. De plus, les États-Unis vont faire savoir très rapidement qu'ils sont prêts à acquérir ce système d‘arme (ils vont ainsi faire des économies non négligeables de frais de développement) en vue d'armer leur futur M60. Un autre avantage réside dans ses munitions à énergie cinétique de type APDS ou à sabot (destruction obtenue par effet vibratoire Hopkinson) qui ne sont alors pas compatibles avec celles de l'obus G. Il faut alors choisir entre le nouveau CN-105 de l'EFAB et le L7 de Vickers. Ultérieurement, le L7 porté au standard A3, disposera de la capacité de tirer une munition comparable d'origine américaine et comportant une charge creuse stabilisée sur sa trajectoire grâce un empennage déployant (ce nouveau procédé va se payer au détriment de la précision passé le seuil des 1.800 mètres) (10).  
 
 
Entre-temps, la France va changée radicalement de position. Ainsi, le 17 juin 1958, durant un conseil des ministres, le général De Gaulle va dénoncer les Accords de Colomb-Béchar car ces derniers ne se focalisent pas sur la seule réalisation commune d'un char de bataille, mais portent également sur un certain nombre de programmes d'armement comprenant entre autre l'intégration d'une future force de dissuasion européenne susceptible d'être financée par chacune des parties en présence. Partant du principe qu'elle ne serait mise en oeuvre que par la France et estimant que le nucléaire militaire « ne se partage pas », le général De Gaulle, en application des textes signés entre Alliés lors du Traité de Paris statuant sur l'avenir de la nouvelle Allemagne, va donc autoriser la création d'une force de frappe purement française. C'est ainsi que, par ce prétexte, va prendre rapidement fin l'idée d'un char de combat franco-allemand. Les Pays-Bas et la Belgique - qui ira jusqu’à mettre en concurrence le Leopard et l'AMX 30 et qui, parallèlement demandera également une intégration complète des fabrications (car à cette époque, ce type de coopération n'est pas encore établi car on redoute alors un renchérissement des coûts) - dans le cadre FINABEL, marquent un certain intérêt à ce qui semble en passe de devenir le premier programme de char européen.  
 
 
Ainsi, faute de pouvoir devenir le premier char européen, l'AMX 30 va devenir le char de bataille français, non sans difficultés. Dans les prévisions de l'EMAT, l'AMX 13 reste encore le char de référence des divisions blindées futures, mais plusieurs éléments vont jouer en faveur de l'AMX 30 : en premier lieu et parallèlement à la force de dissuasion, la France ambitionne de se doter d'un corps de bataille mécanisé pouvant opérer en milieu contaminé qu'il soit d'origine nucléaire, chimique ou bactériologique (NBC). Or, aucun des AMX 13 et M47 actuellement en dotation n'intègrent ce type de protection avancée. D'autre part, l'AMX 13 FL-12 ne dispose, même avec une artillerie de 105 mm, que d'une portée d'engagement restant relativement limitée (de l'ordre de 1.200 mètres). Cette distance est alors jugée comme très inférieure si on la compare à la profondeur d'une zone de terrain moyen situé en centre Europe qui est de l’ordre de 2.500 à 3.000 mètres. Il faut donc un char de bataille qui soit à la fois une forte capacité agressive tout en intégrant une protection complète NBC et une excellente mobilité tout terrain. L'AMX 30 va répondre à ces attentes …  
 
   
III - ÉVALUATIONS ET VALIDATIONS DES SYSTEMES :  
 
 
Les deux mulets de définition sont finalisés dans les délais et le premier, sorti de l'AMX en septembre 1960, est testé à Rambouillet au 501ème Régiment de Chars de Combat (RCC) à partir de février 1961. Avec un exemplaire allemand, il est soumis à des évaluations tripartites dont les résultats sont examinés le 10 avril 1961. Le second sort au mois de juillet suivant et participe à des essais tripartites à Mailly-le-Camp à partir du 8 octobre 1962. Ces deux véhicules présentent une architecture classique avec une tourelle très arrondie et de construction monobloc propre aux nouvelles exigences françaises qui sont alors comparables à celles optées pour les T-54 / T-55 soviétiques et M48 / M60 américain. Elles intègrent une télémétrie à coïncidence optique et une coupole d’observation également désignée « tourelleau chef », à vision périphérique (dix blocs optiques en montures périscopiques) avec un affût spécial permettant de mettre en oeuvre une mitrailleuse lourde de 12,7 mm de type HB-M2 pour la défense antiaérienne comme terrestre. L'armement secondaire monté co-axialement à l'artillerie principale est également constituée par une mitrailleuse lourde du même type.  
 
 
Dorénavant, les tourelles ne sont plus à corps oscillant afin d'intégrer une protection NBC complète du compartiment vie. Les deux trains de roulement suivent une disposition du type Vickers quelque peu amélioré avec des galets de roulement de taille moyenne (l'AMX 13 est donc le seul char français produit en série à avoir une disposition Christie). Ils diffèrent également par leurs équipements de conduite de tir, le schémas des patins de chenilles et les silencieux d'échappement principalement (présence ou non de clapets anti-retour pour la submersion totale).  
 
 
A la suite de ces premiers résultats, la France décide de lancer une présérie de sept véhicules (numérotés de 1 à 7) afin d'être évaluer en corps de troupe. Ils présentent la particularité d'être moins lourds et mieux blindés que les mulets de définition. Une étude porte également sur la réalisation d'un GMP polycarburant (conception Hispano-Suiza) susceptible de développer une puissance maximale de 720 cv. L'ultime campagne d'essais tripartite met en présence cinq des sept chars de présérie réalisés avec un nombre équivalent de Leopard entre les 16 septembre et 24 octobre 1963 aux camp d'entraînement de Mailly, Satory et Meppen (RFA).  
 
 
La question militaire se confond avec celle de l'enjeu industriel qui est alors conséquent : qui obtiendra le contrat de production de ce matériel, établira sa suprématie dans le domaine du char de bataille en Europe occidentale. En fait, les Britanniques qui demeureraient alors être les seuls autres constructeurs, se trouveraient être quelque peu isolés surtout si comme cela devrait être le cas, les membres du groupe FINABEL décident d'acquérir l'engin franco-allemand. Par conséquent et avant même d'être produit en série, ce char va participer à des évaluations de grande envergure, mais celles-ci ne peuvent plus tourner en faveur de la France car, argument supplémentaire de premier ordre, la France va quitter l'OTAN (1966), du moins se soustraire du commandement militaire intégré tout en restant membre de l'Alliance. La réaction sera brutale étant donnée que le gouvernement exprime la volonté affirmée de se définir par rapport à ses seuls intérêts nationaux, ce qui irritent Etats-Unis et Grande-Bretagne. Dès lors, il va être simple d'opposer les équipements français, devenant spécifiques, et ceux aux standards de l’OTAN.  
 
   
IV - DEFINITIONS ET PRE - PRODUCTION :  
 
 
La décision de lancement est prise en juillet 1963 et ce n'est que le 19 novembre 1963 que l'Établissement Matériel de l'Armée de Terre (EMAT) définit les caractéristiques de série de l'AMX 30 qui vont se différencier singulièrement des matériels de présérie : si la caisse des véhicules de prédéfinition a peu changée par rapport à celle du second mulet de validation, la tourelle a en revanche été profondément remaniée et présente maintenant une forme plus effilée avec un système d'acquisition de la conduite de tir s'articule toujours autour d'un télémètre optique mais de deux mètres de base et une première version de paniers latéraux autorisant l'emport d'effets divers. En outre, il possède un projecteur l'illumination infrarouge placé à gauche de l'artillerie principale. Le véhicule de définition (immatriculé 2340287) résulte du montage de la tourelle n° 4 sur la caisse du n° 3 (les schémas d'implantation sont encore menés sous la forme de sous-ensembles). L'Ingénieur Général Molinié, qui est alors directeur de l'AMX, est chargé de superviser les études, la définition du futur AMX 30 reviendra quand à elle, à l'Ingénieur Heissier du même établissement.  
 
 
L'Italie, la Belgique ainsi que les Pays-Bas s'intéressent à l'AMX 30, mais en définitive et pour des raisons essentiellement politiques, ces trois états opteront pour le Leopard (devenu entre-temps le Leopard 1 suite à la mise en étude du projet Keiler, banc d’essais du futur Leopard 2). Avec la rupture franco-allemande qui suit la dénonciation de l'accord de Colomb-Béchar, la cause du char européen ne trouve plus personne pour la défendre, chaque partie présentant aux essais initiaux (de février à avril 1961 ? à Bourges, Satory et Meppen) sa propre conception du matériel. Malgré cela, certains essayent encore de sauver tout ou partie du programme en essayant d'intégrer la tourelle de l'un avec le moteur de l'autre, le canon français sur un chassis allemand, etc... L'accord devenu caduque, chaque partie se retire et décide finalement de réalisé son propre char de bataille.  
 
 
La loi de programmation militaire couvrant la période budgétaire 1965-70 prévoit le financement d'une première tranche de 900 châssis, sachant que tous ne seront pas des chars « tourelle » puisqu'il est prévu un certain nombre de dérivés comme l'AMX 30 PP (Poseur de Pont), l'AMX 30 D (Dépannage), l'AMX 155 mm AU F-1 GCT (Automoteur F-1 à Grande Cadence de tir), l'AMX 30 Pluton, le véhicule école de conduite et l'AMX 30 Roland. Mais avant de passer à la série, deux exemplaires de présérie doivent être réalisés. Ils sont livrés en septembre 1965 et le premier de ces véhicules est remis au Service Technique de l'Armée (STA) courant novembre. L'expérimentation des deux véhicules se déroule du 30 novembre 1965 au 30 juin 1966 au camp de Mailly, Satory et Bourges respectivement.  
 
   
VI - PRODUCTION EN SERIE :  
 
 
La tourelle de série se distingue maintenant par un nouveau tourelleau chef désigné « TOP 7 » (Tourelleau d'Observation Panoramique 7 optiques) assurant au chef de char une vision complète sur 360° grâce à la présence de dix bloc optiques en montures périscopiques. Un système assure le ralliement automatique de la tourelle sur le tourelleau chef. Son fonctionnement contrarotatif le rend indépendant de l'orientation de la tourelle. Cette disposition qui est alors sans équivalent, autorise le suivi d'une cible potentielle alors même qu'une autre est prise à partie par l'artillerie. Enfin, ce TOP 7 porte un fusil-mitrailleur du type AN-F1 de 7,62 mm pouvant être servie trappe fermée (téléopérée) par asservissement électrique. En matière d'équipements d'observation, le chef de char dispose d'une optique observation / tir SOPELEM M-270 (11) ainsi qu'un télémètre optique SOPELEM M-208. Le tireur dispose d'une lunette de pointage SOPELEM M-271. Tous les instruments de pointage / tir peuvent être remplacés par des instruments autorisant l'observation dans la bande de l’infrarouge pour le combat nocturne.  
 
 
Les deux premiers exemplaires de série sortent des chaînes de montage de l'Arsenal de Roanne (ARE) en juin 1966. L'ARE va être le seul maître d'oeuvre industriel de ce matériel, c'est-à-dire qu'il ne partagera plus les responsabilités avec des sites privés. La direction centrale n'a désormais qu'un seul intégrateur final au lieu de trois, ce qui clarifie grandement les rapports, par exemple lors de problèmes importants comme ceux de la boîte de vitesse, les évolutions de définition ou l'approvisionnement en pièces de rechanges. Cette nouvelle responsabilité, confirmée par la mise en place d'un nouveau bureau d'études spécialisé dans le matériel blindé va, dans un premier temps, inciter l'établissement à réduire le nombre de ces sous-traitances et assurer lui-même une grande variété de fabrications, la principale étant le sous-ensemble de la caisse blindée, mais s'y ajoutent une foule de fabrication telles que :  
- la boîte de vitesse,  
- les pièces d'armement des freins,  
- les transmissions latérales,  
- les éléments de la suspension (balanciers, galets et barres de torsion),  
- les pièces délicates de la chaudronnerie en tôle mince (ventilation, réservoirs, pots d'échappement, tubulures diverses),  
- la fonderie des pièces en acier coulé (éléments du châssis, tourelleau chef, paliers de suspension, carters de réducteurs) ainsi que,  
- la réalisation de nombreuses pièces destinées aux installations intérieures du char.   
 
Outre ces réalisations partielles, dont l'ARE ne tardera pas à faire alléger quelque peu la charge écrasante en retournant à la sous-traitante, l'ARE se charge donc de réaliser simplement les éléments constitutifs des châssis blindés et d'intégrer directement sur ses chaînes de montage les principaux sous-ensembles suivants jusqu'à livraison du véhicule fini :  
- venant de l'Atelier de Tarbes (ATS), la tourelle complète avec artillerie assemblée provenant de l'EFAB de Bourges,  
- de la Manufacture d'Armes de Tulle (MAT), la mitrailleuse lourde HBM2 de 12,7 mm,  
- de la Manufacture de Saint Etienne (MAS), le tourelleau chef assemblé avec armement de type ANF1 de 7,62 mm et optique,  
- de la Société d’Étude et Fabrication de Transmissions (SEFT) d‘Issy-les-Moulineaux, les équipements radios et infrarouges,  
- de l'Atelier de Puteaux (APX), la lunette de tir,  
- de la Société Anonyme de Véhicules Industriels et d'Équipements Mécaniques (SAVIEM) de Limoges, le GMP et,
- enfin, issues de diverses sociétés privées, quelques pièces particulières comme le système de tension des chenilles, les commandes de conduite, les embrayages, les amortisseurs, les freins de direction, l'équipement électrique spécialisé, les radiateurs et les ventilateurs entre autres.  
 
Par souci d'une certaine indépendance et pour des questions évidentes de coût à long terme, la France va donc changer la motorisation de l'AMX 30 en abandonnant définitivement le SOFAM pour un polycarburant diesel de 750 cv d'origine Hispano-Suiza : le HS-110. Ce nouveau moteur à refroidissement liquide présente une cylindrée de 28,7 litres (12 cylindres disposés à plat) et donne maintenant une puissance nominale de 680 cv. en service courant. Le nouveau groupe motopropulseur moteur et son habillage feront l'objet d'une sous-traitance auprès de firmes privées (dont la SAVIEM), ainsi qu'auprès de l'Arsenal de Limoges (ALS). Désormais, la construction de chars de combat est l'objet d'une affaire nationale …  
 
 
Lorsque l'ensemble est monté, l'ARE assure la mise au point puis la présentation en recette : c'est une série d'épreuves qui se déroulent sous l'oeil critique des experts du SIAR (12) : roulage sur piste, en tout terrain et sur rampe, passage au gué pour vérification d'étanchéité, tir de précision à 300 mètres, et autres vérifications mécaniques diverses. Le verdict est impitoyable : seuls sont acceptés par l'Armée les matériels répondant totalement au Cahier des Charges autorisant sa mise en service. La moindre défaillance impose systématiquement un retour sur chaîne de montage pour y subir les retouches ou modifications nécessaires. Après peinture finale, le char est donc expédié accompagné de sa documentation technique et de son lot de bord, soit l'ensemble des outils et pièces de rechange permettant un dépannage rapide.  
 
 
Parallèlement, et à partir de 1967, l'ARE va arrêter la production de l'AMX 13 pour se consacrer exclusivement à celle de l'AMX 30. Néanmoins, l'ARE se limitera à poursuivre la réparation des AMX 13 actuellement en service, soit un parc de prés de 1.800 véhicules toutes versions confondues (inclus les modèles reconstruits). D'après le plan de charge à long terme, les perspectives de commandes de l'AMX 30 doivent assurer à l'ARE une activité régulière pendant plusieurs années. Le programme, primitivement fixé à 1.021 chars, prévoit 900 AMX 30 pour l'armée française, dont 400 sont déjà commandés. La cadence de 1967 est de l'ordre de dix unités / mois, mais la capacité mensuelle de la chaîne est d'au moins 15 unités et pourrait passer à 20 unités si nécessaire. Cette capacité de production est d'autant plus utile que, parallèlement, on prépare la production en série du 155 mm AU-F1 GCT dont les premiers exemplaires doivent être livrés à partir de 1971. Au 1er janvier 1968, 45 % de l'activité de l'ARE est consacrée à la production d'AMX 30 neuf, 10 % à la production de pièces de rechanges et enfin 45 %, à la seule réparation des matériels usagés.  
 
 
La production de l'AMX 30 est établie comme suit :  
- pour l'exercice 1971, 181 véhicules livrés,   
- pour 1972, 201 véhicules,  
- pour 1973, 191 véhicules,  
- pour 1974, 179 véhicules,  
- pour 1975, nc.,  
- pour 1976, 201 véhicules,  
- pour 1977, 216 véhicules,  
- pour 1978, 206 véhicules et,  
- pour 1979, 167 véhicules.  
 
 
Nota : les exercices 1970 et 1971 ne sont pas pris en compte étant donné qu'ils sont principalement consacrés à la mise en place et au calage des nouvelles machines, ainsi qu'aux premiers essais de production.  
 
   
V - DESCRIPTION TECHNIQUE ET SPECIFICATIONS GENERALES DE CONSTRUCTION :  
 
 
La caisse constitue le bâti d'acier sur et dans lequel sont assemblés tous les éléments nécessaires à la réalisation du châssis roulant. Ce bâti doit faire preuve de rigidité et d'une robustesse à toute épreuve : il va en effet connaître des sollicitations extrêmes lorsque le char va effectuer des déplacements en terrains accidentés ; sachant que ce même char peut être porteur d'un canon puissant (155 mm GCT), voire de missiles (systèmes Roland et Pluton), et que chaque tir communique à la caisse une secousse qui ne laissera aucune chance à la moindre défaillance de construction. Par conséquent, ce bâti doit répondre à des critères et exigences de qualité qui ne sont, encore aujourd'hui, jamais démenti, vont se radicaliser avec l'avènement de l'AMX Leclerc.  
 
 
Les éléments entrant dans la construction de la caisse blindée sont livrées à l'ARE sous la forme de tôles de formats de taille diverses et d'épaisseur variables. La surface de ces tôles est alors calculée de telle sorte à pratiquer le découpage d'un nombre précis d'éléments en sachant que la masse de ces tôles ne doit pas dépasser une limite qui interdirait leur manutention. Pour pallier à ce problèmes, ainsi que celui des déformations consécutives à la chaleur des torches de découpage, l'ARE commande le maximum de « maquettes capables », soient des tôles livrées dans un format s'approchant le plus de celui de chaque future pièce à découper.  
 
 
Le nombre des pièces planes à découper a connu, selon les blindés fabriqués, une évolution évidente. Si l'AMX 13 intégrait bon nombre d'éléments moulés et forgés, et relativement peu de pièces planes (ses dimensions générales restent somme toute très modestes), l'AMX 30, qui est un matériel se situant alors à la limite du char moyen et du char lourd, commence à inverser cette tendance. Il demande prés de 150 pièces par caisse nue, et au plus fort de sa production, deux ou trois oxycoupeurs suffisent pour alimenter l'atelier « Soudage Blindés » de l'ARE. A noter que si les AMX 10P et AMX 10RC, réalisés principalement à base d'alliage léger, accentuent l'usage des découpes planes, il faut attendre la mise en production de l'AMX Leclerc pour voir ces pièces découpées dépasser le chiffre de 400 par caisse et généraliser cette technique.  
 
 
De tous les chars dit de « première génération » au standard OTAN, l'AMX 30 est le plus léger et présente de loin la silhouette la plus basse. La construction de la caisse fait appel à des plaques d'acier laminées assemblées par mécanosoudage, tandis que la tourelle est de construction monobloc, c’est à dire moulée et coulée d'une seule pièce. L'AMX 30 est conçu d'origine comme un ensemble étanche qui, combiné à une filtration par un système très élaboré de mise en surpression et par application de joints de scellage du compartiment vie, lui permettra de combattre et donc de durer en milieu hostile, ainsi l'équipage n'est pas contraint au port d'équipement individuel (ANP) qui serait susceptible de diminuer fortement leur capacité d'évolution. De par cette spécification, l'AMX 30 peut donc franchir une coupure humide de 1,3 mètres de profondeur sans préparation, 2,20 mètres avec préparation minimale et grâce à un Schnorkel de combat monté sur la trappe du chargeur, l'AMX 30 à donc la capacité de franchir une coupure humide en mode de submersion totale, soit en roulant simplement sur le lit de cette dernière jusqu'à une profondeur maximale de 4,0 mètres. Ce dernier paramètre tient alors compte que la majorité des cours d'eau européens non canalisés présente une telle profondeur. A l'époque, certains « esprits illuminés » évoquaient l'éventualité de s'y abriter dans l'attente des frappes nucléaires de l'ennemi et ce, en se réfugiant simplement sous l'eau, dont ont sait qu'elle constitue une excellente barrière naturelle contre les principaux types de rayonnements (gamma et neutronique principalement) générés par ce type d'arme. Ce dispositif assure surtout le fonctionnement et l'échange gazeux du GMP en milieu confinée sans que ces mêmes gazes ne viennent à vicier l'environnement de l'équipage. Celui-ci, comme sur la plupart des chars de cette époque se limite à quatre hommes qui se répartissent comme suit : dans l'AMX 30, le conducteur est seul en caisse, placé à l'avant gauche; en tourelle, les chef de char et tireur sont installés l'un derrière l'autre à droite et le chargeur est à gauche.   
 
   
VI - EVALUATIONS EN CORPS DE TROUPE ET PREMIERES PRESENTATIONS :  
 
 
Un peloton d'essais est mis sur pied au sein du 501ème Régiment de Chars de Combat (RCC) stationné prés de Rambouillet. Puis ces chars sont transférés au 503ème RCC de Mourmelon, à compter du 1er novembre 1966. Ce dernier a la primauté de l'expérimentation en corps de troupe durant l'exercice 1967. Dès à présent, ce matériel va équiper progressivement tous les régiments de chars et remplacer définitivement les M-47 Patton-1 (la réforme de ces matériels fut précédemment entamée avec l'introduction de l'AMX 13-90 au titre de « matériels de transition », en attendant la mise en place de l'AMX 30).  
 
 
Le 23 juin 1967, les journalistes vont être conviés à une démonstration dynamique de l'AMX 30 sur la piste d'essais de l'ARE. Il leur est réservée la primeur de manoeuvres exigées par les « essais constructeurs » au cours desquels les techniciens ont pour objectifs d'en évaluer rigoureusement la mécanique et d'en améliorer, éventuellement, sa mise au point. L'AMX 30, muni de son schnorkel de combat, va évoluer en immersion totale sous quatre mètres d'eau puis sortir du bassin d'essais par une rampe de 30 %, le tout guidé par radio depuis son bord. Il franchit un certain nombre d'obstacles variés dont une rampe de 40 % au milieu de laquelle il est arrêté, puis relancé en faisant vrombir ses 750 cv. Après ces épreuves de force, d'autres essais vont être réalisés sur l'anneau routier : l'engin, qui se révèle être très maniable, tourne sur place, atteint sans problème les 65 km/h sur route, et de 35 à 40 km/h en tout terrain. En clôture, les techniciens confient aux journalistes que : « l'AMX 30 sera capable de rivaliser avec tous les matériels existants et d'intégrer rapidement les progrès techniques éventuels. En outre, son autonomie est supérieur à 600 km, il comporte un équipage de quatre hommes et enfin, que son artillerie de 105 mm est capable de générer un feu particulièrement destructeur ». Mais ce que les journalistes ignorent, c'est que la boîte de vitesse présente de temps à autres des signes de faiblesse inhérent à un défaut de conception des engrenages. Seul la compétence et l'obstination d'une équipe technique de l'ARE va permette, à la longue, de résoudre ce problème.  
 
 
La première présentation commerciale de l'AMX 30 se fait en compagnie de prés de 400 autres matériels sur le plateaux de Satory et durant la première exposition de matériels de l'armement terrestre, en juin 1967. Cette exposition, placée sous l'égide de la Délégation Ministérielle pour l'Armement (DMA), n'a de but que de promouvoir les ventes de matériels français à l'exportation.  
 
   
VII - EVOVUTIONS ET PROGRAMMES DE MODERNISATION :  
 
 
L'AMX 30 B :  
 
 
Les premiers AMX 30 B reçoivent de série un canon mitrailleur de 20 mm mle F1 d’origine MAT en lieu et place de la mitrailleuse lourde de 12,7 mm (le modèle F1 va être rapidement remplacé par le mle F2 qui se distingue par un manchon blindé sensiblement plus long). Cette arme, entièrement automatisée, est installée sur un affût monté indépendamment de l'artillerie principale. Le pointage en site s'étendant jusqu'à un angle de 40°, autorise l'autodéfense aérienne contre une cible lente et volant à basse altitude comme un hélicoptère par exemple. L'artillerie principale est porter au standard F1 par adjonction d'un manchon anti-arcure dont la fonction principale est de limiter l'arcure du tube en répartissant uniformément la chaleur rémanente résultant du tir. La tourelle possède deux grands paniers latéraux permettant le stockage des effets personnels encombrants ainsi que le filet de camouflage rapide et de réduction de la signature infrarouge. Les fonctions de tir et de tourelle sont asservies par mécanismes et commandes électro-hydrauliques.  
 
 
L'AMX 30 B2 :  
 
 
La doctrine d'emploi de l'arme de bataille a profondément évoluée et, suivant le concept du combat de l'avant développé exclusivement par la France qui induit alors une capacité de tir (et de réponse) instantané, un taux de motorisation élevé autorisant de fortes accélérations, une protection accrue et donc plus élaborée, des conduites de tirs intégrant des calculateurs ayant la capacité de réagir rapidement afin de délivrer les informations permettant le traitement de cibles successivement et suivant leur degré d'agressivité. Dans cette perspective, et celle-ci sera valable pour toutes armées occidentales, il faut porter le matériels en dotation à un nouveau standard sans pour autant investir dans une successions de générations de matériels de combat comme le font certain membres du Pacte de Varsovie.  
 
 
Le premier programme de modernisation des matériels existants (550 exemplaires prévus initialement) ou issus de tranches de production supplémentaires (271 exemplaires commandés) va permettre de porter l'AMX 30 B au nouveau standard B2. En 1982, le parc constitué qui est de 700 chars, est étendu ultérieurement, la nouvelle demande devant porter sur un total de 864 exemplaires afin d’en doter l'ensemble des régiments blindés. Néanmoins, il est limité un temps à 820 exemplaires. Ainsi, certaines formations de l'infanterie vont conserver leurs AMX 30 B jugés comme suffisants pour effectuer les simples missions d'appui et d'autodéfense antichar. Au final, la quantité de matériel à fournir est revu et porté à concurrence de 1.197 exemplaires.  
 
 
La principale modification porte sur une conduite de tir qui intègre la nouvelle COTAC (13) comprenant une lunette de tir APX M-544 (grossissement 10 x) combinée avec un système de contrôle électronique APX M-579 et un réticule optique contrôlé par ordinateur de type APX M-421. L'ensemble est associé à un télémètre laser APX M-550 d'une portée de 10.000 m. Montée à droite de l'artillerie principale, une caméra thermique Castor ou une caméra de télévision autorisant la surveillance du champ de bataille à bas niveau de lumière (par intensification) jusqu'à une distance de 4.000 m. Les images sont retransmises aux postes tireur et chef via un écran TV. Cette caméra est couplée à un calculateur de tir qui reçoit également des informations grâce à un certain nombre de capteurs (calcul des paramétrages). Chaque paramètre est automatiquement enregistré par l'ordinateur de bord qui comprend la distance de la cible, sa vitesse de déplacement, la température de la poudre, la pression atmosphérique, la température externe, le vent latéral, le type de la munition sélectionnée et l'état d'usure du tube principalement. Ces informations sont retransmises aux instruments de visée du tireur qui n'a plus qu'à faire feu avec une probabilité de coup au but de l'ordre de 99 %. Le chef de char peut également tirer grâce à sa lunette de tir M-496. Pour l’anecdote, les équipages surnommes et désignent ces nouveaux équipements les « boîte noires magiques ».  
 
 
Au point de vue armement, le CN-105-F1 peut tirer la munition flèche OFL-F1 à 1.525 m/sec (avec hausse de combat de 1.600 à 1.700 mètres) dont le pénétrateur en tungstène peut pénétrer 150 mm d’acier à blindage monolithique à 5.000 m. Un nouveau système de vision passif remplace l'actif travaillant dans la bande de l’infrarouge, et un projecteur illuminateur au xénon (lumière blanche) est monté à gauche de l'artillerie principale. L'AN-F1 du TOP 7 version B est maintenant protégée des bris du champ de bataille par un capotage blindé.  
 
 
Les performances dynamiques du GMP HS-110-2 sont sensiblement améliorées par l’installation d'un turbocompresseur donnant 45 cv supplémentaires. Ce GMP est couplée à la nouvelle boîte de vitesses Minerva fonctionnant sur un mode de présélection automatisé avec convertisseur de couple. La direction est du type hydrostatique. La télémétrie optique est déposé au profit d'un système utilisant le laser. Ainsi l'optronique et l'électronique remplacent progressivement l'optique classique de combat. La masse totale en ordre de combat qui est maintenant de 37 tonnes, entraîne le renforcement de la suspension par montage de nouvelles barres de torsion et d'amortisseurs hydrauliques aux balanciers de suspension extrêmes.  
 
 
Ainsi modifié, l'AMX 30 B2 peut être considéré comme un char de transition entre les première et deuxième générations. A ce stade, l'AMX 30 B2 est également le premier char OTAN où l'électronique de combat commence à jouer un rôle de premier plan. A noter également l'unique variante réalisée sur base B2 dédiée à l'arme du Génie : l'Engin Blindé du Génie (EBG) dont la conception et la mise au point reviens principalement à l'ARE.  
 
 
L'AMX 30 B2B :  
 
 
Dans le cadre où l'AMX 30 B2 va être appelé à servir jusqu'à remplacement complet par l'AMX Leclerc, celui-ci va voir successivement la valorisation de ses composantes protection et mobilité.  
 
 
La nouvelle protection, désignée Brennus (14), consiste en l'installation de deux nouveaux dispersants Galix (leurres à bandes spectrales larges, écrans fumigènes à action rapide ou autodéfense par projection de shrapnels) placés sur le premier tiers avant des flancs de la tourelle, et dans l'application de 112 tuiles réactives interchangeables de type GIAT (15) G2 de formes parallélépipédiques réparties sur l'avant du toit et l'arc frontal de la tourelle ainsi que sur le glacis supérieur de la caisse. Cette nouvelle protection est donc constituée par une série de tuiles contenant un dispositif pyrotechnique qui, au moment de l'impact, dévie les têtes actives des nouvelles familles de projectiles cinétiques (munition à coeur durci, flèche, pénétrateur à tête d'uranium appauvri), ou à charges creuses montées en tandem dont l'espacement est architecturé de telle sorte à contrer les dernières générations de blindages réactifs. La construction de ces tuiles permet à un char doté d'un blindage en acier laminé / moulé, de recevoir une protection comparable à celle des matériels dotés de blindages évolués, qu'ils soient en acier à très haute dureté, céramique, kevlar et fibres arachnoïdes, en plaque sandwich d’acier / matériaux hydrogénés ou blindage hétérogène, les précédents étant alors réalisés dans des alliages monolithiques ou de type composites également connus sous le nom de Chobham (16). En pratique, ces tuiles ne sont pas montées directement sur les blindages mais boulonnées sur des cadres supports constitués de profilés plat et de cornières soudés sur les coques des caisse et tourelle. Pour le cas de la tourelle, ce montage permet avant tout d’installer ces tuiles sur les courbes particulières de la tourelle. A noter que dans ce dernier cas, les tuiles sont appliquées de manière plus espacée que pour la caisse. Cette revalorisation concerne les chars de quatre régiments.  
 
 
Pour compenser les 1.700 kg supplémentaires, l'AMX 30 B2B va donc être remotorisé. Ainsi en juillet 1996, le groupe industriel Renault se voit notifier la remotorisation complète du parc d’AMX 30 B2, soit prés de 500 véhicules. Le nouveau GMP comprend maintenant un moteur polycarburant diesel RVI-E9 Mack (cette firme américaine est maintenant une filiale du groupe Renault) dont la puissance est portée à 750 cv et ce, grâce à l'intégration d'une suralimentation à deux étages. Sa production est réalisée sur le site de SAVIEM à Limoges. Ce GMP est conçu de telle sorte à être parfaitement interchangeable avec le HS110-2. Cette transparence des deux systèmes autorise tout établissement militaire du Matériel à réaliser l'échange étant donné l'absence de toute modification spécifique propre à chaque type de GMP.  
 
A l'heure actuelle, les derniers AMX 30 « tourelle » ont été amortis, soit après une longue carrière de prés de 40 ans. Seul, un effectif équivalent à un régiment de chars de combat est maintenu sous cocon (réserve de matériels). Parallèlement un certain nombre d’exemplaires sont maintenus en état dans la formation et l’entraînement des personnels et, en dernier lieu pour alimenter le parc de pièces détachées destinés aux autres versions de l‘AMX 30 « tourelle » encore en service.  
 
(1 : FINABEL = Cadre intégrant les France, Italie, Pays-Bas, Allemagne, Belgique et Luxembourg)  
(2 : l'AMX 13 a déjà fait l'objet d’un premier financement externe)  
(3 : ex Compagnie de Construction Générale de Locomotives (CCGL) de Batignolles Châtillon déménagée à Nantes)  
(4 : mulet = terme générique désignant les véhicules permettant l'évaluation des systèmes ou parties de systèmes devant être intégrer sur les futures matériels de série)  
(5 : l'obus G comporte une charge creuse stabilisée empennée dont la mise au point revient à l'ingénieur Gessner de l'Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis (ISL). Son principe repose sur une charge creuse montée sur un roulement à billes et installée dans le corps même du projectile afin que ladite charge échappe à l'entraînement mécanique du rayage du tube (autorotation). Jusqu'à l'introduction de cette innovation que l'on peut classée comme majeure, les projectiles comportant un charge creuse ne pouvaient être tirés qu'à des Vo relativement basses afin d'éviter la déstabilisation de cette charge qui avait pour conséquence de générer un phénomène physique désigné « effet crêpe », soit l'aplatissement de la charge sur le blindage. Ainsi, on évite qu'au moment de l'impact la pointe de pénétration générée par la charge, ne perde de sa cohésion et donc de sa puissance de destruction. Pour la première fois, on peut enfin tirer une charge creuse à grande vitesse initiale (Vo 1.000), donc à grande portée (2.000 à 2.500 m) avec comme corollaire que l'efficacité de perforation est indépendante de la distance de tir, alors qu'avec une munition classique utilisant l'énergie cinétique (flèche), celle-ci décroît avec la distance)  
(6 : train épicycloïdal = Réducteur de vitesse reposant sur l‘utilisation d‘un planétaire (pignons satellites) entraîné et tournant autour d‘un pignon principal (soleil))  
(7 : AMX : Ateliers d'Issy-Les-Moulineaux, situés sur le Plateau des minières prés de Satory. ZF : Zahnradfabrik-Friedrichschafen, fabrique d’engrenages pour boîte de vitesses, située à Friedrichschafen)  
(8 : cette disposition qui, au final, ne l'engagera qu'à très peu de chose, lui permettra par la suite de quitter le groupe pour acheter un matériel d'origine américaine (M60))  
(9 : la coopération avec l'Allemagne fédérale et l'Italie, en matière d'armement, va être relancée par le Traité de l'Élysée en 1963)  
(10 : paradoxalement, l'armée britanniques va se doter de matériels lourds (Conqueror et Chieftain) disposant d'une artillerie de 120 mm (L11 Vickers) à âme rayée et utilisant des munitions en lots séparés et qui reste, encore aujourd'hui avec le Challenger 2, sans équivalent au sein des forces de l'OTAN)  
(11 : SOPELEM = fusion de la société OPL de fabrication d’appareils photographiques avec la Société d'Optique et de Mécanique de précision SOM-Berthiot pour former la Société d’Optique, Précision Électronique et Mécanique SOPELEM, devenue en 1992 SOPELEM / SOFRETEC puis SFIM / ODS avant d’être rachetée en 2000 par la SAGEM.)  
(12 : SIAR = Service de la surveillance Industrielle de l'ARmement chargé d’assurer le contrôle technique de la fabrication de tous les matériels d'armements qu'il soient d'origine privée comme étatique)  
(13 : COTAC = Conduite de Tir Automatique de Char)  
(14 : Brennus est le nom désignant plusieurs chefs gaulois, mais dans la légende romaine c’est celui des Senones qui, vers 390 av. J.C. s’emparera de Rome)  
(15 : GIAT = Groupe Industriel de l’Armement Terrestre, devenu successivement GIAT Industrie puis NEXTER)  
(16 : Chobham : nom de l’Arsenal britannique où fut conçu dans les années 1970, les premiers blindages composites de char)  
 

Mer 16 Sep - 21:11 (2009)
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Mer 16 Sep - 21:11 (2009)
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Message Historique et développement de l'AMX 30-105 Répondre en citant
Bonjour

Chars de France, édition ETAI.
Les véhicules blindés français 1945-1977, édition EPA.
Histoire de l'Arsenal de Roanne, édition ELAH.
Les HS Raids relatifs au X30.
Ven 18 Sep - 13:30 (2009)
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Message Historique et développement de l'AMX 30-105 Répondre en citant
... certes mais j'ai serieusement remanié le texte ! Tout cela pour dire qu'il y ici beaucoup de photos d'AMX30 mais peu de textes explicatifs décrivant l'histore et les principales caractéristiques de construction des différents versions de ce matériel.
Ven 18 Sep - 21:45 (2009)
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Message Historique et développement de l'AMX 30-105 Répondre en citant
La prochaine étude prévue sur le Leopard 2 sera de la même veine en sachant qu'il y a dix fois plus de doc à visiter !
Ven 18 Sep - 21:48 (2009)
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Message Historique et développement de l'AMX 30-105 Répondre en citant
Bonjour,

Pas de tradition militaire et je n'ai exercé que deux ans dans le Genie (7e RG / ESAG) sans plus.
Mar 6 Oct - 11:43 (2009)
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Message Historique et développement de l'AMX 30-105 Répondre en citant
OFL120F1 a écrit:

... certes mais j'ai serieusement remanié le texte ! Tout cela pour dire qu'il y ici beaucoup de photos d'AMX30 mais peu de textes explicatifs décrivant l'histore et les principales caractéristiques de construction des différents versions de ce matériel.
C'est une remarque très pertinente.
Merci beaucoup pour ta contribution, et courage pour la suite.
Dim 25 Oct - 15:46 (2009)
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Message Historique et développement de l'AMX 30-105

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